Londres, un chapitre à la fois
À Londres, je ne cherchais pas à cocher des monuments.
Je voulais lire entre les lignes de la ville, suivre les fantômes littéraires, m’installer dans les pubs où les mots ont traîné sur le bois ciré.
Les livres n’étaient pas des itinéraires, mais des compagnons de brume, et le temps se mesurait en thés, en pages, en pas sans hâte.
Un pont, un parc, un café par jour, pas plus, et le reste pour errer le long de la Tamise, observer les reflets sur les pavés mouillés, s’asseoir dans un square et laisser les romans dialoguer avec les pierres.
Londres devenait un roman victorien qu’on lit près du feu, lentement, sans se presser d’arriver à la fin.
Bloomsbury & le fantôme des mots

La journée commence à la British Library, non pour traverser les salles, mais pour poser les doigts sur les vitrines qui abritent les manuscrits de Woolf, Austen, Dickens.
On s’assoit dans la cour intérieure, avec un livre et un café, et on regarde les étudiants passer, sacs pleins d’histoires.
Je n’étais pas la seule à venir ici en pensant à Harry Potter, la grande salle de lecture rappelle Poudlard, et on imagine presque des plumes gratter le silence.
Ensuite, je marche dans Bloomsbury, rue après rue, à la recherche des plaques bleues qui disent : Ici a vécu, ici a écrit.
Virginia Woolf, T.S. Eliot, George Orwell… leurs ombres sont partout, discrètes, comme une encre pâlie sur le gris de la brique.
Le soir, je m’installe au Lamb’s Conduit Street, dans un pub vieux de trois siècles, avec un verre de cidre et un roman.
La lumière est douce, les voix murmurent, et Londres redevient un salon littéraire.
South Bank & la Tamise comme fil rouge

Je longe la Tamise à pied, lentement, en partant du Globe Theatre, où Shakespeare n’est jamais vraiment mort , jusqu’au National Theatre, dont les marches sont toujours pleines de rêveurs, de lecteurs, de solitaires.
Je m’arrête au Southbank Centre Book Market, sous les arches, pour fouiller dans les caisses de livres d’occasion.
L’air sent le papier vieilli, l’eau et le thé.
Plus loin, le Borough Market offre une pause gourmande, mais c’est surtout l’occasion de relire un passage de Oliver Twist en mangeant un scone, assise sur un banc, face à la cathédrale de Southwark.
Le soir, je traverse le Millennium Bridge, celui que les Détraqueurs ont un jour envahi et je regarde la ville s’allumer, page après page, comme un livre qui s’illuminerait de l’intérieur.
Notting Hill & les librairies secrètes

Je me perds dans Notting Hill, non pour chercher la porte bleue, mais pour tomber sur Lutyens & Rubinstein, petite librairie indépendante aux étagères minutieusement composées.
Je feuillette, je choisis un livre comme on choisit un compagnon pour la journée.
Je fais un détour par Daunt Books, à Marylebone, pour la beauté des boiseries, la lumière qui filtre sur les guides de voyage anciens, et cette sensation d’être dans un lieu hors du temps.
Je lis dans un café de Kensington Gardens, près de la statue de Peter Pan comme un clin d’œil à l’enfance qui persiste au cœur de Londres.
Le soir, je mange un fish & chips dans un pub de Portobello Road, et j’écoute les accents du monde se mélanger dans l’air tiède.
Est londonien & l’énergie des marges

Je prends le Docklands Light Railway jusqu’à Canary Wharf, mais je n’y reste pas.
Je préfère Whitechapel et Brick Lane, leurs ruelles couvertes de street art, leurs librairies anarchiques, leurs cafés où s’écrivent des manifestes.
Je visite la Whitechapel Gallery, puis je m’assois dans un café-bibliothèque caché, avec un thé épicé et l’impression que Jack l’Éventreur et Salman Rushdie hantent les mêmes trottoirs.
Je termine au Wilton’s Music Hall, le plus ancien music hall du monde, pour un concert ou une lecture.
L’endroit semble prêt à s’effondrer, mais tient encore, comme une métaphore de Londres elle-même : belle, fissurée, pleine de spectres et de musique.
Dernière tasse, dernière page

Je finis mon séjour à Highgate Cemetery, entre les tombes d’auteurs et les arbres centenaires.
Puis je retourne au centre, près de St. Paul’s, et je relis quelques lignes de Mrs Dalloway en regardant les gens traverser le pont.
Londres ne se visite pas.
Elle se lit, elle s’écoute, elle se respire entre deux averses, dans la chaleur d’un pub, sous la lumière laiteuse d’un matin d’hiver.
Elle est un roman aux chapitres multiples, qu’on n’a jamais fini de découvrir, et dont on tourne toujours la dernière page à regret, en se disant qu’on reviendra pour lire la suite.
Comme d’habitude, je vous partage mon itinéraire en PDF.
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